
Démarrer la découverte de la "kosmische musik" avec un groupe aussi aride que
Kluster (Hans-Joachim Roedelius, Dieter Moebius et Conrad Schnitzler) n'est pas forcement une bonne idée. Créé à la fin des années 60, ce trio allemand partage ses albums entre faces A scandées par de longs commentaires politiques (déclamés par un comédien homme ou femme) et faces B instrumentales bourrées d'effets et de slaps de violoncelles évoquant plus
Bernd Alois Zimmermann ou Mauricio Kagel que n'importe quel titre pop-rock standard de l'époque.
Fondé après que le violoncelliste
Conrad Schnitzler (ex-Tangerine Dream) se soit fait la malle, le duo
Cluster tente d'abord d'oeuvrer dans un style électronique un peu moins brut et évolue rapidement dans une veine nettement plus pop avec des disques comme
Zückerzeit et
Sowiesoso qui dépassent même parfois certaines pistes mineures du Kraftwerk de la même époque.
La première fois que j'ai entendu Cluster, j'ai été stupéfait de découvrir un son aussi précurseur ! (ce n'est pas bien compliqué, la musique industrielle, Brian Eno, la techno expérimentale et le postrock leur doivent presque tout).
Eric Deshayes a eu raison de comparer les premiers Cluster avec des morceaux instrumentaux comme
All saints de Bowie (sauf qu'il fait une erreur dans son
livre car le morceau date de 77-78 et non pas des années 90 comme il l'indique à tort mais bon...). Je n'avais jamais entendu un truc comme
Cluster 71 avant : on dirait une sorte de Stockhausen (période
Electronic Study) mais avec une pulsation totalement rock malgré l'absence de batterie ! Le second album
Cluster II, un peu moins puissant, est tout de même fabuleux de finesse avec ses climats angoissants et pesants.
Un disque comme
Little Black Cloud de A Wake A Week (chroniqué par
GT récemment), ne doit pas seulement aux BOs de Vangelis ou Badalamenti mais n'aurait jamais pu avoir un son pareil sans la démarche d'un groupe comme Cluster.